Vivre toute l'année à Djerba : témoignages
Trois familles qui ont quitté Tunis ou l'étranger pour s'installer à l'année. Leurs raisons, leurs adaptations, leurs regrets.
Djerba séduit comme destination de vacances depuis cinquante ans. Mais y vivre toute l'année, c'est une autre histoire. Vagues de chaleur, infrastructures inégales, isolement hivernal — les défis sont réels. Trois familles qui ont sauté le pas (de Tunis, de Lyon, et de Milan) racontent ce que les guides touristiques ne disent jamais.
Famille 1 — Salma & Karim, ex-Tunis, à Erriadh depuis 2023
« On était en couple, deux salaires confortables, dans un appartement de 90 m² à La Marsa. On y étouffait — les bouchons, le bruit, la course. On a acheté un houch à Erriadh à rénover pour 280 000 TND. Trois ans après, on est trois (un fils de 18 mois) et on n'a aucun regret. »
Les vrais ajustements selon Salma : « Le télétravail. Karim est développeur, moi consultante en marketing — sans la fibre optique installée en 2024, on n'aurait pas tenu. Le climat. Avril–octobre est merveilleux. Décembre–février, il fait beau mais l'humidité dans les vieilles maisons est rude — on a dû investir dans des déshumidificateurs. Et la solitude sociale. À Tunis, on voyait des amis tous les jours. Ici, c'est la famille élargie qui prend le relais — différent, plus profond peut-être, mais à apprivoiser. »
Famille 2 — Marc & Élise, ex-Lyon, à Aghir depuis 2024
Couple de retraités français, ils ont vendu leur appartement à Lyon pour acheter une villa à Aghir. « 380 000 € à Lyon nous donnaient un T3 sans extérieur. Ici, pour 220 000 €, on a 320 m² avec piscine et jardin. Le différentiel finance notre niveau de vie pendant 15 ans. »
Les surprises : « La sécurité d'abord — on laisse les portes ouvertes en journée, c'est revenu en arrière de 30 ans. Le système de santé : très correct pour le quotidien (le centre hospitalier de Houmt-Souk nous suffit), mais pour les pathologies lourdes on retourne en France. La langue : on apprend l'arabe djerbien, lentement — la communauté française nous suffit pour les premiers mois mais on s'oblige à pratiquer. »
Famille 3 — Giulia, ex-Milan, à Houmt-Souk depuis 2025
Architecte indépendante de 41 ans, célibataire, Giulia a déménagé seule. « Je voulais ralentir et travailler sur de plus beaux projets. Italie c'était devenu mécanique. Ici, je redécouvre le métier — j'ai déjà signé deux rénovations de fondouks. »
Le côté difficile : « L'isolement administratif. Pour ouvrir un compte bancaire, obtenir une carte SIM longue durée, déclarer mon activité — chaque démarche prend trois fois plus de temps qu'en Italie. Il faut s'armer de patience et trouver un fixer local de confiance. »
Et l'impact sur la vie sociale : « Djerba est un village. Tout se sait. Au début, c'est intrusif. Au bout de six mois, c'est rassurant. Mes voisines me déposent des plats si je suis malade — ça n'arrivera jamais à Milan. »
Les conseils communs des trois familles
Vivre 3 mois sur place avant d'acheter. Tester l'été (le vrai test) et l'hiver (le test moins évident). Louer d'abord, acheter ensuite.
Maintenir une activité ou un projet. Djerba est trop calme pour les gens qui ne savent pas s'occuper. Le télétravail, l'écriture, la rénovation, l'enseignement — quelque chose qui structure la semaine.
Apprendre l'arabe djerbien. Au moins les bases. Les locaux apprécient l'effort et ça change radicalement la qualité des interactions.
Garder un pied dans le monde extérieur. Voyages réguliers vers Tunis ou l'Europe. L'enfermement insulaire est un risque réel sur 5–10 ans.
Et financièrement ?
Coût de la vie à Djerba pour un couple sans enfant : 1 800–2 800 TND/mois en mode local, 3 500–5 500 TND en mode européanisé (vin importé, restos chics, Internet pro). À comparer à 4 500–7 000 € en France ou Italie pour un confort équivalent.
Salaires sur place très bas (300–800 TND/mois pour beaucoup de métiers), donc l'option vivre-Djerba ne marche que si vos revenus viennent d'ailleurs : télétravail, retraite, investissements, activité d'auteur/architecte/consultant qui peut s'exercer à distance.
“Vivre à Djerba à l'année, ce n'est pas vivre dans une carte postale. C'est vivre dans un village méditerranéen vrai, avec ses lourdeurs et son temps long. Ceux qui s'y plaisent sont ceux qui acceptent ce contrat.”






