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Aménager un wast al-dar sans défigurer le houch
Design

Aménager un wast al-dar sans défigurer le houch

Trois plantes qui tiennent la chaleur, une dalle taillée à Guellala, un bassin plutôt qu'une piscine. Comment aménager le wast al-dar d'un houch djerbien sans le transformer en carte postale.

Karim Jelassi
Photographe & investisseur
··6 min de lecture

Un patio djerbien n'est pas un jardin. C'est une pièce à ciel ouvert, coincée entre quatre murs blancs, où la maison respire. On ne la remplit pas. On la calibre.

Ce que le mot veut dire

Le wast al-dar, littéralement « le milieu de la maison », vient d'une tradition arabo-berbère plus large que Djerba. Alger, Fès, Kairouan — même logique : les pièces s'organisent autour du vide central. Chez nous, dans le menzel djerbien, on parle plutôt de wast eddar en dialecte local, avec deux à quatre dar (les blocs d'habitation) qui donnent sur cette cour. Les toits en coupole servent à évacuer le peu de pluie qu'on reçoit. La cour, elle, sert à tout : recevoir, sécher le linge, faire pousser deux ou trois choses, regarder le ciel le soir.

Ça, c'est la théorie. En pratique, sur les 70 annonces à la vente que recense l'observatoire DjerbaImmo cette semaine, une bonne moitié des maisons présentées comme « houch typique » ont déjà été retouchées. Souvent mal. Le patio devient un salon de jardin avec du gazon anglais, une pergola en fer forgé importée du Golfe, et une piscine chauffée qui vole la moitié de l'espace.

Vu à Midoun il y a quelques mois. Sur les 67 annonces actives du secteur (médiane autour de 300 TND/m² selon l'observatoire), un client m'avait montré un houch qu'il voulait rénover — sa piscine, non négociable. On a fini par renoncer ensemble. Il avait un chien, aussi, qui aboyait tout le temps.

La dalle : rester chez soi

La pierre de Djerba existe. Elle est calcaire, gréseuse, chaude aux pieds nus l'après-midi, et elle vieillit mieux que n'importe quoi. Les carriers d'Ajim et de Guellala en tirent encore des dalles taillées à la main, épaisseur 4 à 6 cm, à des prix qui restent honnêtes — comptez, selon les ateliers, entre 60 et 110 TND/m² en finition brute ou légèrement bouchardée.

Alors pourquoi tant de patios sont pavés de travertin turc ? Parce que le travertin arrive en palette calibrée, propre, avec un fournisseur qui livre le lundi. La pierre locale demande d'aller la chercher, de discuter le tas, d'accepter qu'un carreau sur trente ait un défaut.

Je sais, j'ai déjà écrit dans un billet précédent que la pierre locale coûtait plus cher au final à cause du temps de pose. C'est vrai aussi. Le marché bouge. Ces derniers mois, deux ateliers de Guellala se sont mis à livrer sur mesure, ce qui change pas mal le calcul.

Un mot sur les tomettes anciennes récupérées : magnifiques, chères, glissantes l'hiver quand il pleut. À réserver aux zones abritées.

Trois plantes, pas quinze

La faute la plus classique : vouloir un jardin méditerranéen complet dans un espace de 40 m². Lavandes, romarins, oliviers nains, hibiscus, agrumes en pot — l'ensemble crève ou vire au marécage selon comment vous arrosez. Trop, c'est trop.

La palette qui tient vraiment ? Trois espèces. Un palmier dattier (Phoenix dactylifera) planté au centre ou en coin, jamais deux — le déséquilibre est plus beau qu'une symétrie. Il boit peu une fois installé, tolère la salinité de nos sols du Sud, et donne une ombre haute qui n'encombre pas le sol. Sa croissance est lente. Comptez cinq à sept ans avant qu'il fasse vraiment son travail.

Le bougainvillier, ensuite. Il aime le stress. Arrosez-le trop, il fait des feuilles et refuse de fleurir. Laissez-le crever presque, il vous rend l'été en violet, orange, blanc. Il grimpe, couvre un mur en deux saisons, et l'oubli ne le tue pas. À installer contre un mur plein sud pour maximiser la floraison.

Le jasmin — le vrai, Jasminum grandiflorum, celui de Nabeul, pas le sambac indien qu'on nous vend en pot — pour l'odeur du soir. C'est lui qui fait qu'à 21h en juillet, la cour sent quelque chose que Booking ne vend pas. Il grimpe aussi, il aime le mi-ombre, il boit un peu plus que le bougainvillier. Rien de dramatique.

Terminé, la liste. Vous voulez ajouter un citronnier en pot ? Allez-y, mais un seul. Une jarre de menthe pour le thé, pareil.

Le point d'eau : bassin, majel, jamais piscine

L'ancêtre, dans le houch djerbien, c'est le majel. Une citerne enterrée qui récupérait l'eau des coupoles, avec une margelle en pierre au niveau du sol. Décorative, utile, sobre. La plupart ont été bouchées ou transformées, ce qui est dommage — un majel curé et rendu étanche fait un point d'eau parfait pour un patio contemporain.

Si le majel n'existe plus, un bassin peu profond suffit. 30 à 40 cm de profondeur, 1,5 à 2 m de long, revêtu à la chaux teintée dans la masse — bleu de Nabeul ou vert d'eau, pas le turquoise piscine. L'eau réfléchit le ciel, refroidit l'air par évaporation la nuit, attire deux moineaux qui viennent boire. Pas besoin de plus.

La piscine, elle, pose des problèmes rarement mentionnés. Elle avale l'eau que la SONEDE délivre au compte-goutte en été. Le local technique se cache mal. Et les proportions d'un patio historique n'y survivent pas — même bien intégrée.

Sur les maisons anciennes du côté d'Erriadh, où la médiane des annonces DjerbaImmo tourne autour de 444 TND/m², une piscine dans le wast al-dar fait perdre de la valeur symbolique à la revente. Les acheteurs qui cherchent un houch cherchent un houch. Pas un Airbnb.

Ombre, ventilation, ce qui rend le lieu vivable

Un patio sans ombre est invivable de mai à septembre. Le palmier dattier fait une partie du travail, mais son ombre est haute et filtrée. Il faut compléter.

La solution traditionnelle : une pergola en bois de palmier local (jrid), montée sur pieds droits en pierre, couverte de tiges tressées ou d'une natte roulée qu'on descend l'après-midi. Coût réel, avec un artisan de Houmt Souk : entre 800 et 1400 TND selon la surface. Ça vieillit bien, se remplace tous les cinq ou six ans, et l'esprit du lieu reste.

Évitez la voile d'ombrage en polyester tendue par des tubes chromés. C'est laid, ça claque au vent, le tissu meurt en trois étés.

Gardez toujours une ouverture haute côté nord pour que l'air chaud s'évacue par le haut. Un patio complètement clos par des murs identiques crée un four. Un petit décalage de hauteur suffit — 40 cm parfois.

Le reste vient tout seul

Les jarres en poterie de Guellala, la lanterne accrochée à la porte cloutée, le tapis mergoum roulé qu'on sort le soir. Tout ça s'ajoute avec le temps, une année après l'autre. Le patio n'est pas un projet. C'est une pièce qu'on habite, qui change lentement, et qui finit par ressembler à ceux qui la traversent.

Le patio n'est pas un projet. C'est une pièce qu'on habite, qui change lentement, et qui finit par ressembler à ceux qui la traversent.
Tags :wast al-darhouch djerbienpatiopalmier dattierbougainvilliererriadh
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