Vivre à Djerba en expat : qui débarque, où se croiser, et les pièges à éviter
Profils, réseaux et erreurs classiques de ceux qui s'installent à Djerba en 2026. Un état des lieux franc, des chiffres récents et des conseils pour vraiment s'enraciner sur l'île.
Il y a dix ans, l'expat type à Djerba portait un chapeau de paille et une retraite confortable. Aujourd'hui, il télétravaille en short, paie son café en dinars et parle à moitié arabe au bout de six mois. Le paysage a bougé. Pas mal, même.
Selon les chiffres publiés en mai 2026 par le ministère de l'Intérieur tunisien, 33 524 étrangers détiennent une carte de séjour valide en Tunisie. Les Français arrivent en deuxième position (5 792), les Italiens en troisième (3 608). Et chez les Italiens, plus de 2 900 cartes ont été délivrées au titre de la retraite. Djerba pèse lourd là-dedans, sans qu'on ait de chiffre île par île — l'ambassade ne ventile pas par gouvernorat.
Quatre profils, et un cinquième qu'on ne voit jamais venir
Le retraité français reste majoritaire en visibilité. Soixante-douze ans, deux séjours par an avant la bascule, une maison à Mezraya ou un appartement à Houmt-Souk. Il prend un café à El Ferida tous les matins, râle gentiment sur la coupure d'eau, finit par s'attacher à son voisin maçon.
Les Italiens, eux, jouent une autre partition. Souvent installés en couple, plus discrets, ils ont longtemps préféré Aghir et la côte sud-est — proximité visuelle avec la Sicile, peut-être. J'ai vu débarquer trois familles de Milan en 2025, toutes en location annuelle, toutes parties chercher du foncier à Erriadh dans les six mois.
Le troisième profil, ce sont les télétravailleurs. Trentenaires français pour la plupart, parfois belges, parfois allemands. Ils viennent six mois, repartent, reviennent. Ils ne s'inscrivent jamais nulle part. Ils mangent au Sidi Slim à Midoun et passent leurs après-midi au Café El Ferida avec un VPN. Pas d'enfants, pas de meubles, beaucoup de carnets.
Et puis il y a les binationaux qui rentrent. Ceux-là, on ne les compte pas comme "expats" dans les stats parce qu'ils ont aussi la nationalité tunisienne. Mais ils achètent, ils construisent, ils représentent une grosse partie de la demande sur la vente. À l'observatoire DjerbaImmo, sur les 58 annonces de vente actives, beaucoup partent à ce public-là sans même atterrir sur les portails grand public.
Où on se croise vraiment
Oubliez l'idée du "club des Français". Il n'existe pas vraiment, en tout cas pas sous forme structurée. Ce qui marche, ce sont les lieux. Le centre culturel à Houmt-Souk, près du palais des finances, brasse pas mal de monde lors des expos. La bibliothèque française au-dessus de la pâtisserie de Midoun reste un point de chute hivernal — petite, vieillotte, mais on y croise les habitués.
Sur Facebook, le groupe "Les Français à Djerba" sert essentiellement à dépanner : un plombier, une adresse de notaire, un retour d'expérience sur la STEG. Utile. Pas spirituel.
Les Italiens ont leurs propres tablées, plus fermées, souvent autour du dimanche midi à Aghir. Les télétravailleurs se croisent sans se parler — ils ouvrent leur laptop face à la mer, échangent un signe de tête, repartent.
Les zones où ils achètent (et celles qu'ils boudent à tort)
Midoun attire l'essentiel de la demande expat. Sur DjerbaImmo, c'est 55 annonces actives, avec une médiane à 280 TND/m² pour la vente. Vivable, dense, animée, plage à dix minutes. Houmt-Souk concentre 25 annonces autour de 300 TND/m² — le cachet, le marché du poisson, le côté "vraie ville".
Là où je crois qu'on se trompe, c'est Erriadh. Le village est devenu touristique grâce au street-art, mais les expats hésitent à y vivre à l'année. Ils ont tort. Deux annonces actives, médiane à 444 TND/m², un calme rare, une lumière différente. C'est cher à l'achat mais le quotidien y est plus dense humainement qu'à Aghir où vous finissez par parler à votre piscine.
Aghir, justement, affiche la médiane la plus haute du sud-est (929 TND/m² sur deux annonces, donc à prendre avec des pincettes statistiques). Les acheteurs italiens y vont par réflexe. Je ne suis pas convaincue. C'est beau, c'est plat, c'est mort six mois sur douze.
Les erreurs classiques. Toutes.
Première erreur : signer un compromis avant d'avoir l'agrément du gouverneur de Médenine. La loi tunisienne exige cet accord préalable pour qu'un étranger achète. Beaucoup l'apprennent après avoir versé l'arrhe. J'ai vu un dossier traîner quatorze mois pour un Belge à Mezraya. Il avait un chien, ça n'a rien à voir mais je m'en souviens.
Deuxième : prendre une location annuelle en juillet. À 3,40 dinars pour un euro selon la BCT en début juin 2026, votre pouvoir d'achat semble énorme et vous acceptez n'importe quel loyer. Six mois plus tard, vous découvrez que le tarif local pour la même villa était la moitié. Négociez en novembre. C'est moche, c'est vrai.
Troisième erreur : reconstituer la France. L'épicerie française, le boulanger français, le médecin français. Vous allez payer plus cher, vous mangerez moins bien, et surtout vous ne croiserez jamais vos voisins djerbiens. Honnêtement, c'est dommage. L'île est petite — la communauté locale n'attend qu'un bonjour.
Quatrième : ignorer la SONEDE et la STEG. Les coupures existent, surtout en août. Une citerne de réserve coûte peu, change la vie. Personne ne vous le dira au moment de signer.
Cinquième : croire que le télétravail est légal en zone grise indéfiniment. La Tunisie n'a pas (encore) de visa nomade dédié, et les retraités le savent — la carte de séjour passe par un dossier financier sérieux. Si vous restez douze mois en zigzaguant entre Schengen et la Tunisie, vous accumulez un risque administratif. Anticipez.
Une opinion, pour finir avant la fin
Je sais que je viens de dire "oubliez le club des Français", et juste après "intégrez-vous aux Djerbiens". Ça peut paraître contradictoire. Ça ne l'est pas. Le problème n'est pas la nationalité du groupe — c'est qu'un groupe trop homogène vous coupe de l'île. Trouvez les deux. Le café d'à côté et la bibliothèque française. La voisine qui prépare le couscous du vendredi et la WhatsApp des télétravailleurs. C'est là que ça tient.
“Reconstituer la France à Djerba, c'est payer plus cher, manger moins bien, et ne jamais croiser ses voisins.”




