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Expats à Djerba : profils, lieux de rencontre, erreurs des premiers mois
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Expats à Djerba : profils, lieux de rencontre, erreurs des premiers mois

Retraités français, télétravailleurs, Italiens du sud : les communautés expatriées de Djerba ne se croisent pas autant qu'on croit. Qui s'installe où, et les pièges des trois premiers mois.

Ines Khelifi
Conseillère location
··6 min de lecture

Il y a deux ans, je pensais connaître mes clients. Retraité de Roubaix, villa à Midoun, jardin avec citronnier. La réalité s'est diversifiée depuis. Plus vite que ce qu'on raconte dans les guides.

Trois Djerba qui se croisent à peine

Le consulat de France parle de 35 000 retraités français installés en Tunisie et place Djerba parmi les trois destinations les plus recherchées, avec Tunis et Hammamet. Sur le terrain, je vois trois profils qui ne dorment pas dans les mêmes rues et qui ne se parlent pas autant qu'on l'imagine.

Le premier, c'est le retraité installé. Souvent un couple, pension entre 1 500 et 2 200 euros, qui loue d'abord et achète une fois rassuré. Il aime Midoun pour la facilité, Houmt-Souk pour l'animation, parfois Aghir pour le silence du sud-est de l'île — au prix fort, je précise. L'observatoire DjerbaImmo affiche actuellement une médiane de 929 TND/m² à l'achat à Aghir, contre 280 TND/m² à Midoun. Le décalage parle de lui-même.

Le deuxième, c'est le télétravailleur. Trentenaire, parfois français, plus souvent allemand ou belge depuis que la fibre couvre les principaux villages et que la 5G a été déployée à l'échelle du pays. Il ne dort pas à Midoun. Il loue un studio dans la zone touristique ou pose ses valises dans un coliving près de la plage, travaille en visio depuis un rooftop, repart avant la haute saison.

Le troisième, c'est l'Italien. Discret, souvent du sud — Pouilles, Sicile — , qui vient en bateau ou via un vol Palerme-Tunis. Il achète petit, restaure lentement, parle un sabir d'arabe et d'italien avec les voisins. On le voit peu sur Facebook. Je le croise au marché d'Houmt-Souk, le vendredi.

Où on finit par se retrouver

Les cafés du centre de Houmt-Souk, d'abord. Près de la place Hedi Chaker et autour de la médina. C'est là que les conversations basculent en français à l'heure du thé. À Midoun, c'est plutôt le marché du mardi matin et deux ou trois restaurants à la sortie nord. Pour les télétravailleurs, les espaces de coworking de la zone touristique font office de salon — l'un d'eux organise des ateliers hebdomadaires entre freelances internationaux et créateurs locaux, ce que j'aurais payé pour avoir quand je débutais comme conseillère location.

Il y a aussi les associations francophones, les soirées musicales autour de la Ghriba à Erriadh pendant le pèlerinage, les sorties en kayak depuis Ajim. Et puis, oui, Facebook. Les groupes Retraités à Djerba, Vivre à Djerba, les WhatsApp d'expats par village. Honnêtement, j'évite de les recommander en premier. On y trouve autant d'entraide que d'aigris.

Les erreurs des trois premiers mois

Acheter trop vite. C'est de loin la plus fréquente. On arrive en avril, on tombe amoureux d'une menzel à Erriadh, on signe avant l'été. En août, un voisin remet en cause une partie du terrain ; en septembre, la conservation foncière demande des compléments qu'on n'avait pas prévus. Louez d'abord. Douze mois minimum. Idéalement le temps de passer un hiver — parce que Djerba en janvier, avec le vent, l'humidité et une facture STEG sur le chauffage électrique qui pique, ce n'est pas le Djerba des brochures.

Sous-estimer la barrière linguistique. Le français passe dans le commerce et dans l'administration touristique. Le reste se fait en arabe dialectal, parfois mêlé d'italien dans certains villages, parfois en chelha (le berbère local). Apprendre 200 mots change la vie. Trois mille change la perception qu'on a de vous.

Croire qu'on signera la carte de séjour en quatre semaines. Depuis janvier 2025, le passeport est devenu obligatoire pour les ressortissants français à l'entrée — la carte d'identité ne suffit plus. La carte de séjour, elle, se demande dans les trois mois suivant l'arrivée et exige notamment un versement mensuel d'au moins 400 euros sur un compte bancaire tunisien. Comptez trois à six mois d'allers-retours administratifs. C'est normal. Ce n'est pas contre vous.

Et puis le piège bête : louer une grande villa loin de tout parce que le loyer est imbattable. On finit par dépenser plus en taxi et en isolement social qu'on n'a économisé.

Italiens, l'autre vague qu'on regarde de travers

Je vais être franche. La communauté italienne grandit et certains agents locaux la voient comme une concurrence sur les belles parcelles d'Ajim et de Mellita. Je trouve cela absurde. Le marché compte aujourd'hui 92 annonces actives sur DjerbaImmo, dont 60 ventes — il y a de la place pour tout le monde, à condition d'arrêter de pousser des prix au-dessus de ce que la zone supporte réellement.

Les Italiens du sud apportent un rapport à l'île que je trouve sain. Ils restaurent au lieu de raser. Ils prennent le temps de discuter avec les voisins avant le notaire — parfois trois ou quatre cafés avant qu'un compromis sorte. Ils achètent petit, 1 800 à 2 500 m², plutôt que des palais.

Ce qui se passe vraiment quand on s'installe

L'intégration ne passe pas par la communauté française. Elle passe par le voisin tunisien qui vous prête une échelle. Par le boucher qui vous met de côté un morceau le vendredi sans qu'on le lui demande. Le café de quartier vient après — parfois six mois, parfois jamais. Les expats qui repartent au bout de deux ans sont, presque toujours, ceux qui ont vécu entre eux.

Un client de Midoun me racontait l'autre semaine qu'il avait mis quatorze mois avant que son voisin frappe à sa porte. Quatorze mois. Aujourd'hui ils boivent un thé tous les vendredis. Il a depuis vendu sa voiture — il y va à pied. Il avait aussi un chien, un genre de basset, qui aboyait sur les mouettes.

Je sais que j'ai dit plus haut que le retraité moyen achète une villa à Midoun. C'est vrai à 60%. Mais je vois aussi des couples qui choisissent un T3 en bord de mer à Aghir parce qu'ils ont compris qu'à la retraite, ce qui pèse, ce n'est pas la surface au sol. C'est ce qu'on voit depuis la terrasse.

L'intégration ne passe pas par la communauté française. Elle passe par le voisin tunisien qui vous prête une échelle.
Tags :expatriésdjerbaretraitéstélétravailintégrationmidoun
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