Scolariser ses enfants à Djerba : ce qui existe vraiment
Le Lycée Victor Hugo de Béni Bendou, la Yechiva de Hara Kebira, dix écoles privées éparpillées entre Houmt Souk et Midoun : à quoi s'attendre quand on s'installe avec des enfants.
Première rentrée à Erriadh, septembre 2019. Mon fils avait six ans, je ne connaissais personne dans le coin, et je découvrais qu'à Djerba on ne choisit pas vraiment une école — on compose entre la voiture, la langue parlée à la maison, et le cousin qui a déjà fait l'expérience avant vous. Sept ans plus tard. Le tableau a bougé. Pas tant que ça.
Le public tunisien, qu'on sous-estime trop vite
La majorité des enfants djerbiens font leurs classes dans les écoles publiques tunisiennes, gratuites, principalement arabophones avec un français qui débarque en troisième année primaire. À Midoun comme à Houmt Souk, le maillage est dense (Aghir et Ajim sont plus en retrait, plus ruraux aussi). Les bâtiments sont fatigués, parfois lessivés par le sirocco, et certains profs sont remarquables — j'en ai croisé une à Sedouikech qui faisait apprendre des poèmes de Aboul Kacem Chebbi à des CE1 comme si c'était du rap.
Le niveau ? Inégal. Vraiment inégal. On peut sortir du primaire public à Erriadh avec une orthographe arabe solide et un français hésitant, ou l'inverse, selon le tirage de l'équipe enseignante. Pour les familles qui visent le bac tunisien et un lycée pilote à Médenine, c'est la voie naturelle. Pour celles qui pensent cursus à l'étranger, c'est souvent là que le doute s'installe.
Le Lycée Victor Hugo, à Béni Bendou
Le Lycée Français International Victor Hugo siège à Béni Bendou, kilomètre 2 de la route de l'aéroport. Agréé par le ministère tunisien depuis janvier 2017, homologué AEFE, il couvre toute la chaîne de la petite section de maternelle à la Terminale. C'est aujourd'hui la seule structure francophone complète sur l'île.
Les frais ne sont pas affichés en page d'accueil et il faut passer par le secrétariat (75 620 908) pour obtenir la grille à jour. Comptez large : selon des retours de parents, on tourne entre 5 000 et 9 000 TND par an et par enfant pour le primaire, davantage au collège et au lycée, plus les droits de première inscription. Pour les familles françaises éligibles aux bourses AEFE, la facture descend ; pour les Tunisiens non résidents, elle grimpe. À vérifier au cas par cas, et vite : les places en maternelle partent souvent dès février-mars pour la rentrée de septembre.
Les privées bilingues, la zone grise qui s'élargit
Entre le public et Victor Hugo, il y a un troisième couloir, en pleine expansion. L'annuaire sectoriel ecoleprimaire.tn liste une dizaine d'établissements privés sur l'île : Le Petit Prince près de l'hôpital Sadok Mkadem, Alyssa à Béni Bendou, Avicenne sur la rue Farhat Hached à Midoun, Descartes côté route du phare, Jean-Jacques Rousseau à Boumellal, Ibn Khaldoun rue Sidi Bechir Zitouni, Abou Al Qasim à Cité Jouaâma — j'en oublie. Toutes promettent une « instruction renforcée en français » et des classes de vingt élèves, ce qui veut dire vingt-cinq dans la réalité.
Les frais ? Variables. Les sources sectorielles parlent de 1 000 à 3 000 TND par an pour les plus modestes, ce qui me paraît correct ; mais j'ai vu passer des grilles à plus de 4 500 TND à Midoun, hors fournitures et cantine. Le niveau dépend énormément du directeur en place et de la stabilité de l'équipe enseignante d'une année sur l'autre. Demandez aux parents qui en sortent — leurs gosses ont les notes pour le prouver.
Les écoles juives, héritage et présent
Djerba garde une scolarité religieuse juive vivante, concentrée à Hara Kebira (banlieue de Houmt Souk) et à Hara Sghira, l'ancien nom d'Erriadh. La Yechiva de Hara Kebira fonctionne toujours : les garçons y suivent en parallèle l'enseignement religieux et le programme public tunisien, et c'est ce double cursus qui explique la spécificité djerbienne. La Yechiva Dighet d'Erriadh, en revanche, n'est plus qu'un bâtiment des années 1930 dont les murs s'effondrent lentement — j'y passe devant chaque matin en allant chercher du pain.
L'ouverture en mai 2019, dans le cadre du pèlerinage de la Ghriba, d'une école juive pour filles baptisée Kanfé Yona — environ 120 places sur 1 300 m² — a relancé le débat à Tunis sur la mixité confessionnelle dans l'éducation tunisienne. Le ministère du Tourisme a dû s'expliquer publiquement à l'époque. C'est rare, à Djerba, qu'une question scolaire fasse la une.
Ce qui pèse vraiment dans le choix d'une maison
Trois choses, dans le désordre. La distance à parcourir le matin, d'abord. Puis la langue qu'on parle à la maison — un parent francophone qui veut maintenir le français à fond n'aura pas le même calcul qu'une famille mixte. Et la sortie qu'on vise au bac, ensuite, qui change toute la trajectoire.
Un client de Midoun avait acheté une villa avec piscine partagée près de Sidi Mahrez, persuadé que ses gamins iraient à Victor Hugo. Il s'est retrouvé à faire trente minutes de route matin et soir, sans ramassage scolaire négociable. Son chien adorait la voiture, lui.
Sur DjerbaImmo, l'observatoire interne montre que Midoun concentre aujourd'hui 43 annonces de vente actives sur 75 — contre seulement deux à Erriadh, où je vis. Ça pèse forcément sur le calcul scolaire. Acheter à Erriadh, c'est mince côté offre mais c'est dix minutes de Victor Hugo et quinze des privées de Houmt Souk. Acheter à Aghir, c'est avoir le pied dans le sable ; c'est aussi quarante-cinq minutes de route scolaire par jour. Personne ne dit ça aux acheteurs étrangers, et c'est dommage.
Mon conseil — j'en ai un, et je sais qu'il va à rebours de la façon dont on visite l'île — c'est de voir les écoles avant les maisons. Pas l'inverse. J'ai dit à un couple belge l'an dernier de signer le compromis seulement après avoir rencontré trois directeurs. Ils m'ont remercié plusieurs mois plus tard. Je sais, c'est moins romantique qu'une photo de piscine au soleil couchant. On n'achète pas un riad pour soi, on achète une scolarité pour ses enfants.
“On n'achète pas un riad pour soi, on achète une scolarité pour ses enfants.”




