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Les expatriés de Djerba : qui vit ici, où on se croise, ce qu'on rate au début
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Les expatriés de Djerba : qui vit ici, où on se croise, ce qu'on rate au début

Retraités français, familles italiennes, télétravailleurs milanais : la communauté expatriée de Djerba a changé de visage. Où on se retrouve vraiment, et les maladresses qui coûtent cher aux nouveaux arrivants.

Karim Jelassi
Photographe & investisseur
··5 min de lecture

Je vis à Erriadh depuis 2019. En sept ans, j'ai vu la communauté expatriée de Djerba changer de visage, de dialecte, d'âge moyen. Ce n'est plus le club de retraités des années 2000. C'est un patchwork, parfois joyeux, souvent maladroit.

Combien sont-ils, vraiment ?

Les chiffres nationaux donnent un ordre de grandeur. En avril 2026, le ministère de l'Intérieur recensait 33 524 étrangers titulaires d'une carte de séjour valide en Tunisie. Les Français en constituent 18 % (5 792 personnes), les Italiens environ 14 %. Sur ce total, 1 861 cartes ont été délivrées à des retraités français. À Djerba, personne ne compte précisément — mais tout le monde sent bien que l'île pèse lourd dans ces statistiques. Les concentrations se lisent d'abord à Houmt-Souk et à Midoun.

Une remarque, quand même. Les cartes de séjour sous-estiment la réalité. Beaucoup vivent ici six mois sur douze avec des allers-retours Schengen. Pas de carte, pas de compte en banque tunisien. Des fantômes fiscaux, en somme.

Quatre profils qui ne se ressemblent pas

Le premier, c'est le retraité classique. Français majoritairement, souvent seul — parfois veuf, parfois divorcé, arrivé pour la douceur climatique et le coût de la vie. Il achète petit, dans Houmt-Souk ou en périphérie de Midoun. Il connaît son épicier, il déjeune à midi trente, il traduit ses ordonnances SONEDE avec Google.

Le deuxième profil est italien, et il change tout. Familles jeunes, couples avec enfants en âge scolaire, ou artisans qui refont leur vie ailleurs. Ils passent par Zarzis en ferry, achètent souvent vers Aghir ou en périphérie de la zone touristique — d'où, sans doute, la médiane vertigineuse à 929 TND/m² sur les trois annonces de vente actuellement recensées par l'observatoire DjerbaImmo dans ce secteur. L'échantillon est mince, je le concède. La tendance, elle, se voit à l'œil nu depuis 2023.

Puis les télétravailleurs. Développeurs berlinois, graphistes de Lyon, une consultante milanaise que je croise chaque mardi au même café. Ils louent à l'année pour un F2 correctement câblé — entre 800 et 1 400 TND selon la saison — préfèrent Erriadh ou les villas isolées du côté de Mezraya, et disparaissent à Sfax ou à Tunis dès que la fibre lâche trois jours d'affilée. Ils sont volatils. On les voit, puis on ne les voit plus.

Le quatrième groupe : les binationaux qui reviennent. Enfants de la diaspora djerbienne installés à Paris, Marseille, Lyon, et qui rachètent la maison familiale pour y alterner leur vie. Ils ne se comptent pas comme expatriés. Ils le sont pourtant, un peu, quand ils débarquent en juillet avec l'accent du 13e et qu'ils demandent où trouver du parmesan.

Où on se croise

L'Alliance Française de Djerba, inaugurée en juillet 2017 à Midoun, reste le point d'ancrage le plus visible. Conférences, cours de dessin, expositions ponctuelles autour du mois du patrimoine. Un noyau dur y traîne à peu près toutes les semaines. Mais ce n'est pas là que la vraie vie sociale se joue.

La vraie vie, elle se joue au marché de Houmt-Souk le lundi et le jeudi matin, aux terrasses autour de Sidi Brahim en fin d'après-midi, chez le poissonnier de La Fontaine à Midoun le samedi matin. Elle se joue dans les groupes Facebook aussi — "Expat Djerba", "Français à Djerba" — dont je ne dirai rien de bon (voir plus bas). Et puis, pour les Italiens, autour d'une petite communauté d'Aghir qui s'auto-organise depuis 2022 via un WhatsApp qui tourne à 400 membres, selon ce qu'on m'a raconté au café.

Les erreurs qui coûtent cher

Vous voulez la vérité brutale ? La majorité des nouveaux arrivants font les mêmes maladresses. On les voit venir de loin.

Acheter dans le mois, d'abord. Le coup de foudre pour une villa vue mer à Aghir, l'agent qui parle bien français, le contrat signé avant même d'avoir loué. Résultat : un titre foncier non purgé, une servitude de passage qu'on découvre trois ans plus tard, un voisin qui plante un mur à trois mètres de la piscine. Louez d'abord. Une saison, minimum.

Rester entre soi, ensuite. Les groupes Facebook expat sont un piège. On y répète les mêmes conseils, souvent faux, entre gens qui ne parlent pas arabe et confondent Ajim et Aghir. J'ai croisé un couple lyonnais qui payait son électricien 40 % au-dessus du tarif pratiqué à trois cents mètres de chez eux, parce qu'ils l'avaient trouvé "dans le groupe". Le mec avait un chien, un beagle blanc, ça n'a rien à voir mais je m'en souviens encore.

Sous-estimer l'administration, aussi. La conservation foncière ne fonctionne pas comme le cadastre français. L'API a ses circuits pour les investisseurs étrangers, l'ONTT a les siens pour les autorisations touristiques, et les deux ne communiquent pas. Prévoyez neuf à quinze mois pour une acquisition propre. Pas trois semaines.

Et pour finir, celle qui va me faire grincer des dents — je vais me contredire par rapport à ce que j'écris habituellement sur cette plateforme — vouloir absolument passer sans agence. Je milite pour l'absence d'intermédiaires abusifs. Pas pour l'absence d'intermédiaires compétents. Sur les 125 annonces actives que suit actuellement l'observatoire DjerbaImmo, une bonne partie transite par trois agences vérifiées (Djerba Prestige, Midoun Realty, Aghir Properties) qui, quoi qu'on en dise, connaissent leurs dossiers. Tout l'art est de savoir quand les mobiliser, et pour quoi.

Ce que Djerba change en vous

Les expatriés qui restent sont ceux qui apprennent à ralentir. Pas ceux qui râlent contre le rythme. Le rendez-vous à 14h qui devient 15h30, ce n'est pas un problème à corriger. C'est un climat à habiter. Ceux qui ne s'y font pas repartent au bout de deux hivers, revendent à perte, blâment "la Tunisie" sur les groupes qu'ils quittent en dernier. Ceux qui restent finissent par avoir un ami plombier, un rituel de café, un olivier planté au fond du jardin qui commence tout juste à donner.

Je sais, c'est facile à écrire depuis Erriadh avec sept ans de recul. Mais c'est vrai.

Les groupes Facebook expat sont un piège. On y répète les mêmes conseils, souvent faux, entre gens qui confondent Ajim et Aghir.
Tags :expatriescommunautemidounhoumt-soukretraitesteletravail
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