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Vivre à Erriadh toute l'année : ce qu'on ne dit pas aux vacanciers
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Vivre à Erriadh toute l'année : ce qu'on ne dit pas aux vacanciers

Sept ans à Erriadh, derrière les façades peintes de Djerbahood. Marché du lundi, dispensaire, hiver interminable, communauté discrète : ce qui rend la vie possible — et ce qui la complique.

Karim Jelassi
Photographe & investisseur
··6 min de lecture

Novembre 2019. J'arrive le soir, la route depuis Houmt-Souk est noire, les chiens aboient quelque part vers la synagogue. La maison sent le plâtre frais. Je vis ici depuis. Sept ans.

L'idée de cet article m'est venue après une discussion avec un couple parisien qui hésitait à signer chez le notaire à Midoun. Ils m'ont posé les bonnes questions, celles qu'on ne pose pas en juillet. Je vais essayer d'y répondre comme je l'aurais voulu en 2019.

Le marché du lundi, et le reste

Pour l'épicerie courante, Erriadh ne suffit pas. Il y a deux ou trois petites supérettes, un boucher (excellent, fermé le mercredi sans prévenir), un marchand de légumes qui ouvre selon son humeur. Pour le sérieux, on descend à Houmt-Souk. Le marché central, tous les jours, plus dense le lundi et le jeudi. Poisson frais à six heures, fruits à huit, foule à dix. J'y vais à vélo quand il ne pleut pas.

Midoun a son propre marché hebdomadaire, le vendredi. Plus touristique, plus cher sur certains produits, plus pratique pour le textile et les épices en gros. Vous apprendrez à choisir vos jours.

Pour le reste — bricolage, vêtements de saison, électroménager — il y a Zarzis sur le continent. Une heure de route via la chaussée romaine, qui s'embouteille les vendredis soirs d'été. Mediouni a ouvert un grand magasin moderne près de l'aéroport. Pratique. Pas charmant.

L'école, le médecin, l'administration

Mes enfants vont à l'école publique tunisienne. Choix assumé. Le niveau varie selon les instituteurs, comme partout, et le français se travaille à la maison. Pour les familles qui veulent un cursus francophone homologué, il faut viser Houmt-Souk et accepter le trajet quotidien — il existe une école française mais les places sont rares et la liste d'attente longue.

Côté santé, le dispensaire local fait l'affaire pour le quotidien : antibiotiques, points de suture, ordonnances. Pour un IRM, une coloscopie, un cardiologue, on roule jusqu'à la clinique privée à Houmt-Souk ou on prend l'avion pour Tunis. Une heure de vol. Mon voisin allemand, 72 ans, est rentré à Munich pour son opération de la prothèse de hanche. Honnêtement, je ferais pareil.

L'administration — carte de séjour, permis, conservation foncière — c'est lent. Pas hostile, lent. Prévoyez de la patience et un dossier en double exemplaire. Si vous achetez, l'autorisation du gouverneur de Médenine reste obligatoire pour un étranger (traité bilatéral de 1973 pour les retraités français, du reste).

L'hiver, le vrai test

Tout le monde vante les 300 jours de soleil. Vrai. Ce qu'on omet : décembre à février, le vent du nord, les soirées à 9 degrés dans des maisons construites pour évacuer la chaleur. Les murs en pierre, magnifiques en juillet, deviennent des frigos en janvier. On vit en pull, on chauffe au gaz, on accumule les couvertures.

Et puis il y a le silence. Les hôtels ferment, les vols charters s'arrêtent, les ruelles de Djerbahood se vident. Vous croisez les mêmes douze personnes à la boulangerie pendant trois mois. Pour certains, c'est le paradis. Pour d'autres, c'est invivable. Aucune position intermédiaire — j'ai vu des couples partir au bout d'un seul hiver.

Un détail bête : la connexion internet. Stable l'été parce qu'on est trois pèlerins à streamer, capricieuse en saison quand 50 000 vacanciers la saturent. L'inverse de ce qu'on attendrait.

La communauté qu'on ne voit pas

Djerbahood a changé Erriadh, et pas seulement les murs. Le projet d'Itinerrance, relancé en 2022 sous Tounes Wijhetouna avec l'appui de l'UE et du ministère du Tourisme, a attiré des artistes qui sont restés. Pas tous, mais quelques-uns. Une céramiste française installée à dix minutes à pied de chez moi, un photographe italien qui passe six mois par an. Personne ne forme une « expat community » avec dîners du jeudi soir. C'est plus diffus, plus tunisien dans sa pudeur.

Les vrais piliers, ce sont les familles djerbiennes installées depuis toujours, et les MRE — les Tunisiens résidant à l'étranger, qui reviennent l'été et bâtissent une maison qu'ils habiteront à la retraite. Le tissu social existe, il se mérite. Un voisin m'a invité chez lui après trois ans à le saluer chaque matin. Maintenant son fils m'appelle quand son chien s'échappe. Il s'appelle Loulou, le chien.

Combien ça coûte, vraiment

Selon l'observatoire DjerbaImmo, Erriadh compte 2 annonces de vente actives ce mois-ci, médiane à 444 TND/m². C'est peu, et c'est cohérent : le village ne tourne pas, les biens se transmettent en famille ou se vendent en off-market entre voisins. À comparer à 280 TND/m² médians sur Midoun (55 annonces), 300 TND/m² à Houmt-Souk (26 annonces). Le prix au mètre carré ne dit pas tout — un houch traditionnel restauré à Erriadh coûte deux fois plus qu'une villa neuve standard à Midoun, parce que la rareté l'emporte sur la surface.

Pour louer à l'année, comptez 600 à 1200 TND pour une maison correcte avec un bout de jardin. Les 25 annonces de location annuelle remontées par DjerbaImmo sur toute l'île montrent qu'il y a peu de turnover : ce qui se libère part vite, souvent au premier qui passe.

Ce que je referais autrement

J'achèterais sans précipitation. J'ai signé en 2019 sur un coup de cœur, et j'aurais dû passer un hiver complet en location d'abord. Mon erreur. Le coup de cœur est un mauvais conseiller à Djerba en juillet — la lumière, le jasmin, le poisson grillé, tout vous pousse à signer. Revenez en février avant de décider.

Je choisirais aussi mes voisins. Une rue calme et une rue passante, ce n'est pas la même vie. Marchez à pied, écoutez les chiens, regardez si les façades sont entretenues. Et parlez aux gens — pas aux agents, aux gens qui balaient leur trottoir le matin. Eux vous diront ce que vaut un quartier.

Je sais, je viens de dire qu'il faut acheter lentement après avoir expliqué combien les biens à Erriadh sont rares et partent en sous-main. Les deux sont vrais en même temps. C'est le marché.

Le coup de cœur est un mauvais conseiller à Djerba en juillet. Revenez en février avant de décider.
Tags :erriadhvivre-djerbaexpatriationdjerbahoodlifestylemarche-immobilier
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