Vivre à Erriadh à l'année : ce que le tourisme ne montre pas
Sept ans à Erriadh entre marché du vendredi à Midoun, hivers silencieux et école Bazim. Ce que la vie annuelle sur l'île change, une fois les vacanciers repartis.
Sept ans que je vis à Erriadh. Photographe, investisseur, un peu voisin de tout le monde à force. Les vacanciers qui débarquent en juillet croient tout comprendre en deux jours. Ils ratent l'essentiel.
L'hiver, c'est là que ça se joue
Novembre arrive et l'île change de peau. Les températures tiennent, entre 20 et 22°C en journée, on n'exagère pas quand on parle du climat djerbien. Le problème est ailleurs. Les petits hôtels ferment après la Toussaint. Certains restaurants baissent le rideau entre 15h et 19h — pas fermés définitivement, juste éteints en pleine journée. Et les rues d'Erriadh, elles, se vident. Le village retrouve alors sa forme réelle : quelques milliers d'habitants, un tempo lent, des camionnettes qui passent au ralenti, les chats de la Ghriba qui traversent sans regarder.
Le premier hiver, on trouve ça reposant. Le deuxième, on comprend que c'est long. Franchement long.
Un couple français que je connais bien — arrivés en 2021, deux enfants, ils habitent près du croisement vers Guellala — m'a dit sans détour l'année dernière que janvier, ils comptent les jours. Ça ne veut pas dire qu'ils partent. Ça veut dire que la sociabilité, ici, il faut aller la chercher.
Le vendredi, on va à Midoun
Le marché hebdomadaire de Midoun a lieu le vendredi matin. Vous pouvez le rater une semaine. Deux, à la rigueur. Trois, non — vos voisins vont vous demander si tout va bien. Fruits et légumes de la semaine, épices, poteries, tissus, tout y est. Les prix ne sont pas donnés en euros et ne le seront jamais. Apprenez le dinar par cœur ou payez la taxe des distraits.
Erriadh est à sept ou huit minutes de voiture selon la saison touristique. En dehors du marché, on a l'épicerie du coin — chez nous, on l'appelle par le prénom du patron, jamais par l'enseigne. C'est comme ça qu'on comprend qu'on est intégré : le jour où on dit "je passe chez Habib" et que l'interlocuteur sait de qui on parle sans demander.
L'école, le vrai test
Bazim, l'école primaire d'Erriadh, publique, l'arabe le matin et le français qui prend sa place l'après-midi. Mes enfants n'y sont pas — j'ai fait le choix inverse — mais des amis oui, et ils ne le regrettent pas. Il existe aussi des options privées côté Houmt-Souk, une trentaine de minutes de route, faisable mais qui fatigue vite les parents. Pour le collège, direction Midoun ou Houmt-Souk. Le lycée international ? Il n'existe pas ici. Ceux qui veulent absolument ça envoient leurs ados à Tunis en internat, ou déménagent. À savoir avant, pas après.
Une amie photographe (comme moi) est repartie à Tunis quand son aîné a eu quinze ans. Elle avait un chien. Le chien, je crois qu'il est resté ici.
Se soigner, faire ses courses
Il y a des médecins généralistes à Erriadh même, un cabinet dentaire tenable, et pour tout ce qui touche aux spécialistes ou à l'imagerie, on descend sur Houmt-Souk. Quand ça presse vraiment, on traverse par la chaussée jusqu'à Zarzis. Le CHU de Sfax, quatre heures de route, reste la référence pour les cas lourds. C'est le point qui grippe le plus les projets d'installation quand j'en discute avec des soixantenaires : la distance au vrai plateau technique.
Pour les courses, le petit commerce fonctionne mieux qu'on ne le pense. Les grandes surfaces sont surtout à Midoun. Le bio, on oublie sauf à faire son propre potager — beaucoup de résidents étrangers finissent par en installer un, et c'est là qu'ils comprennent le sol djerbien. Sableux, ingrat, il pardonne rarement l'amateurisme.
Le marché de l'immobilier vu de l'intérieur
On me demande souvent ce que ça vaut, une maison à Erriadh. L'observatoire DjerbaImmo n'affiche que deux annonces actives dans le village au moment où j'écris, avec une médiane autour de 444 TND le mètre carré — chiffre à prendre avec des pincettes tant l'échantillon est mince. À Midoun, la médiane tombe plutôt à 300 TND/m² sur 67 annonces : plus de matière, prix plus tendus vers le bas. Aghir, elle, grimpe à 929 TND/m². Les vues, la mer, l'aveuglement des acheteurs qui découvrent l'île en trois jours. Je le dis franchement, quitte à me contredire — Aghir en vaut souvent la peine, je ne suis pas cohérent, le marché ne l'est pas non plus.
Erriadh n'a rien de bon marché à l'achat parce que le stock est rare et parce que Djerbahood a tiré les prix des houchs restaurés. En location annuelle, c'est plus facile. On trouve. Il faut chercher, il faut connaître quelqu'un.
Ce que je ne dis jamais aux nouveaux
Que l'isolement hivernal ne se ressent pas au bout d'un an mais au bout de trois. Que la lumière de février à Erriadh est la plus belle de l'année et qu'aucune photo ne la rend correctement. Que les voisins, si on les salue tous les jours pendant six mois, deviennent un vrai filet de sécurité — celui qu'on n'a plus dans la plupart des villes européennes. Et que le charme du village passe par l'acceptation d'un tempo lent, y compris quand ce tempo devient, certaines semaines, un peu pesant.
Je referais le choix. Sans hésiter. Mais je préviens.
“Le premier hiver, on trouve ça reposant. Le deuxième, on comprend que c'est long. Franchement long.”




